Essai(s)
vendredi 2 mai 2008
Pluie
Par Kasparov le vendredi 2 mai 2008, 12:16
Lever les yeux.
Atteindre la fenêtre.
Regarder les gouttes.
Chercher les hallebardes.
Saisir une corde.
Se noyer dans ses bras.
vendredi 23 septembre 2005
On ne dit pas...
Par Kasparov le vendredi 23 septembre 2005, 12:11
"What the fuck", mais "Ouate de pingouin".
mardi 26 avril 2005
Révélations - 3
Par Kasparov le mardi 26 avril 2005, 14:42
Il haletait maintenant, essayant de reprendre son souffle. Il se rappelait cette fois là, cette fois où il s’était approché si près qu’il avait cru se fondre en elle.
Ou l’inverse.
Qu’importe, elle était de nouveau là, sa bouche embrassant son visage perplexe, ses lèvres semblant redécouvrir sa peau. Et entre deux assauts, toujours ce rire.
Lui ne dit rien, ne fait rien. Il la regarde faire, juste. Il ne comprend pas. Il ne se rend pas compte que des larmes coulent le long de ses joues, sans qu’il sache pourquoi. Elle s’écarte de lui. Elle ne rit plus. Son regard est doux, elle passe une main sur son visage, chasse les gouttes qui coulent doucement, elle effleure ses lèvres du bout des doigts.
-Mon ange, tu as les yeux d’un animal apeuré. Calme toi, je suis là, ferme les yeux, repose toi.
Et elle lui ferme doucement les yeux, comme on le ferait à un cadavre.
Il ouvre les yeux aussitôt. Clic clac, ouvert fermé ouvert. L’impression d’avoir deux obturateurs pour optiques. Rien. Il n’y a rien. Elle n’est plus là, elle n’est pas là. Il porte une main à son visage. Elle emporte avec elle quelques gouttes de révélateur. Il reste en arrêt. Etait ce un rêve ?
Il lève les yeux, elle est toujours là, impression polychrome sur papier perlé, et il ne sait toujours pas qui elle est.
vendredi 1 avril 2005
Révélations - 2
Par Kasparov le vendredi 1 avril 2005, 09:41
Il ouvre les yeux...
Encore penché sur le bac, un haut le cœur le fait frémir.
Il ferme les yeux, compte calmement jusqu’à trois, puis les ouvre à nouveau, doucement. Des étoiles brillent, dansent avant de s’éteindre. Ses tempes battent, des gouttes de sueur froide coulent le long de son dos, se perdent sur la couture de son caleçon.
Il lâche le rebord de plastique, se masse les tempes d’une main mal assurée. Il regarde les photos, de gauche à droite, de droite à gauche, partout, cadavres de bouteilles, verres renversés, cocaïne sur un miroir, froufrous volants devant l’objectif, sourire éthyliques d’inconnus méphitiques. Il peut presque entendre les rires, sentir la fumée des cigarettes et l’amertume de la vodka bien tassée qui goutte sur une table marbrée. White Rabbit, des Jefferson Airplanes, démarre dans sa tête, comme un vinyle sur une vieille platine. Lent, saccadé, puis la mélodie apparaît. Il sourit.
Cliché, se dit-il, mais le cliché en question pue par trop le réel, à n’en pas douter. Malgré sa nausée, il crève d’envie d’une cigarette, fouille mollement dans ses poches de chemise et retrouve un vieux paquet froissé de Lucky Strike. Il en porte une à sa bouche avant de se mettre en quête d’un briquet.
C’est alors qu’il entend le déclic significatif d’un Zippo que l’on ouvre, loin derrière son dos… Il n’ose se retourner. Une flamme vacillante, passe près de ses yeux, le briquet de métal reflète, rougie, son image. Il tire une longue bouffée de sa cigarette, puis se retourne lentement, les photos accrochées par des pinces à linge lui font l’effet d’un mauvais film de science fiction. Le briquet s’éteint.
C’est elle, il perçoit ses yeux verts et sa même robe rouge. Elle le regarde, le toise, un sourire cynique se dessine sur ses lèvres par trop fardées.
Il recule, plonge sa main dans le révélateur. Ses yeux sont sans surprise, pourtant il tremble de tout son corps.
Clac.
Il entend le son avant de ressentir la douleur.
Clac.
Il rouvre les yeux, ses joues en feu, sa cigarette tombée à ses pieds, luciole moribonde dans l'obscurité.
Elle lui sourit, emplie d'amour, lui passe la main dans les cheveux et l'embrasse tendrement.
Elle plaque son corps contre son corps, ses seins fermes sur sa poitrine. Elle l'embrasse à nouveau.
Il pleure, il ne comprend pas.
Elle rit...
Il se souvient s'être perdu, s'être perdu dans ce rire là. Il se souvient avoir suffoqué, oppressé qu'il était, effrayé par ce regard là. Il se revoit, noyé qu'il était, dans ces yeux là. Alors il s'était détaché, écarté de ce corps dans lequel il ne se voyait que trop bien, avait rompu l'union des corps, brisé le rituel, basculé de coté, effleuré une dernière fois sa poitrine, lui arrachant un soupir, s'était roulé au bord du tapis pour ne plus bouger.
Respirer.
Respirer.
Respirer.
Merci au contributeur, il se reconnaitra.
mercredi 2 mars 2005
16
Par Kasparov le mercredi 2 mars 2005, 15:05
Arthur s’assit calmement. Il était pourtant loin d’arborer la même sérénité intérieure. Il sentait que la question de Thomas n’était pas anodine et il se demandait où ce dernier voulait en venir.
-Les nuits sont calmes ces derniers temps, commença Arthur. Je n’ai rencontré personne depuis des jours. Des semaines peut être. Et encore, le dernier n’était qu’un apprenti.
-Les autres n’ont pas eu de meilleurs résultats, le contraire serait d’ailleurs étonnant, n’est ce pas ?
Arthur répondit par un furtif hochement de tête. En effet se dit-il, personne d’autre a l’Agence ne semblait doté des mêmes facultés que lui. Facultés dont il ne connaissait toujours pas l’origine.
-A ce propos, Thomas, est ce que vous avez eu des informations concernant…
-Quelle est ton analyse de la situation ? Le coupa Thomas.
Arthur fut surpris par l’intervention de son supérieur, mais il se reprit aussitôt.
-A vrai dire je n’ai pas tellement étudié la question, mais je dirais que de deux choses l’une : ou même les plus jeunes d’entre eux sont devenus très malins, ou nous leur faisons peur, et ils n’osent plus sortir.
Thomas sembla amusé par cette dernière réponse.
-Nous leur ferions peur ? Non, Arthur, nous ne leur avons jamais fait peur, jamais au cours de ces derniers siècles, jamais depuis que nous les combattons, alors je doute que nous soyons devenus tout d’un coup une menace suffisante pour les faire se terrer chez eux. Ceci dit, ils
ont effectivement peur. Je ne sais pas exactement quoi, et je compte donc sur toi pour le découvrir et faire la lumière sur cette affaire. Quelque chose rode en ville et les terrorise, tu peux me croire. Tu peux disposer.
Arthur était abasourdi par ce que venait de lui dire Thomas. Bien sur il ne croyait pas que l’Agence pouvait leur faire peur. Mais il n’osait imaginer ce qui pouvait les terroriser à ce point.
Thomas s’était déjà replongé dans ses papiers. Il fit demi tour et se dirigea vers la porte.
-Fais attention à toi, l’interpella Thomas. Si leurs apprentis sont trop effrayés pour mettre le nez dehors, je doute que les maîtres résistent à la tentation de sortir.
-Mais j’y compte bien, répondit il.
Arthur souriait en quittant la pièce.
lundi 28 février 2005
Les lignes
Par Kasparov le lundi 28 février 2005, 13:41
Il a 10 ans. Dans la voiture qui mène toute la famille en vacances, il s'occupe comme il peut. Entre le père qui râle et la mère qui souffle, il se cherche une occupation pour passer le temps. Alors il compte les lignes sur la route. Une, deux, trois, quatre, sept, vingt deux, quarante douze. Il s'y perd.
Il a 15 ans maintenant. Toujours la même route, il compte mieux. Il fait des séries complètes, et toujours le père qui râle et la mère qui souffle, il aimerait que cela cesse, mais il n'y arrive pas, alors il s'occupe avec les lignes.
Ses 20 ans florissants, toujours la même route. Il la connait par coeur maintenant. Il est calme et posé, il a oublié ses parents, il compte les lignes. Une, deux, trois, quatre, cinq. Il les enchaîne.
Et dans les toilettes de la station service, le vermeil coule sur le carrelage alors qu'il s'effondre dans un râle et un dernier souffle.
jeudi 17 février 2005
15
Par Kasparov le jeudi 17 février 2005, 10:10
Le lieu de rendez-vous était un bar jazzy à la lisière du vieux lille. Ambiance feutrée, impro en sourdine, quelques cols blancs au bar, en étape avant de réintégrer leur sweet home. Elle sut immédiatement qu’il était là, plus loin sur la droite. Assis à une table ronde, contre le mur, avec une bougie pour seul éclairage, il était plongé dans un livre mais, bien que ne la voyant pas, elle aurait juré l’avoir vu lever un sourcil à son entrée. Coïncidence, sûrement.
Elle s’approcha sans le quitter des yeux, mais il ne montra aucun autre signe d’intérêt. Lorsqu’elle fut prête à saisir la chaise en face de lui, il referma son livre et le rangea rapidement dans sa mallette. Elle n’eut pas le temps de voir de quoi il s’agissait.
-Bonsoir mademoiselle, installez vous, je vous prie. Dit il en lui montrant la chaise en face de lui. Il fit un signe de tête et un serveur vint la débarrasser de son manteau. Elle s’assit doucement et posa les mains sur ses cuisses.
-Bonsoir. Articula t elle.
-Je suis ravi de voir que vous avez répondu favorablement à mon invitation commença-t-il d’une voix douce. Je crois que depuis notre premier rencontre vous avez prit conscience de certaines choses. Est ce que je me trompe ?
Elle regarda ses mains, semblant chercher ses mots
-Non. Elle marqua une pause. Il se passe des choses étranges depuis que nous nous sommes vus. Elle fit une autre pause avant de continuer. J’ai des prémonitions, l’impression d’avoir déjà vécu certaines scènes, des intuitions.
-Vous m’avez pris pour un fou n’est ce pas ? Dit il en souriant. Qu’en pensez vous maintenant ?
Elle releva les yeux.
-Je pense que je vous ai peut être jugé hâtivement. Bien que je n’en sois pas encore certaine. Tout cela est plutôt déstabilisant, et sûrement le fruit de mon imagination.
L’homme marqua une pause, semblant digérer ses paroles.
-Je crois qu’il est temps que je le lève le voile sur ce que je suis, et sur ce que vous êtes, Morgane.
En entendant son prénom, elle resta bouche bée. Mais qui était donc cet homme ?
-Je comprend votre étonnement, mais vous serez encore plus surprise si je vous disais tout ce que je sais sur vous. Nous y reviendrons plus tard.
Elle était sous le choc. Les explications se bousculaient dans sa tête : un détective privé ? Un agent des renseignements généraux ? Un détraqué ?
Elle se rappela le billet qu’elle avait trouvé sous sa porte le soir de leur première rencontre, et alors qu’elle s’apprêtait à lui poser la question, il reprit.
-Oui, c’est bien moi qui vous ai rendu ce billet. Et si vous voulez savoir comment, il va falloir commencer par oublier une bonne partie de vos idées reçues et autres pseudo croyances scientifiques.
mercredi 5 janvier 2005
14
Par Kasparov le mercredi 5 janvier 2005, 15:47
Elle s’était levée tard. Il faut reconnaître qu’elle pouvait se permettre de prendre son temps. Plus besoin de courir, de se presser, elle pouvait profiter du temps qui passe et donc s’accorder ces quelques minutes de sommeil supplémentaire. Elle habitait à Lille Fives, coté Caulier. Quartier riche, tranquille, exactement ce qui lui fallait. Elle vivait dans un appartement lourdement décoré : s’y croisaient plusieurs âges, plusieurs styles, dans un ensemble relevant par endroits de la cacophonie visuelle. Le lit à baldaquin d’inspiration byzantine côtoyait une coiffeuse dans le plus pur style louis XVI. Les cartes trônaient là, comme toujours. Elle tendit la main vers elles puis se ravisa : elle avait envie de sortir seule ce soir. Elle s’apprêta rapidement : pantalon noir, bustier de velours rouge sombre, escarpins assortis. Son long manteau élimé vint compléter la tenue. Un trait de noir sous les yeux, un peu de pourpre aux lèvres et elle fut dehors, direction le centre ville. Elle n’avait pas mangé depuis deux jours, et la faim lui tenaillait le ventre. Tout en marchant elle interrogeait ses papilles. De quoi avaient elles donc envie ? Italien ? Grec ? Tex-Mex ? Japonais ?
Les saveurs étaient radicalement différentes et la finesse des plats tout autant, le choix était donc particulièrement délicat. Elle avait faim avant tout, loin d’elle l’envie de plats goûtus, elle voulait juste quelque chose pour se remplir l’estomac. Le grec sembla se désigner de lui même. Quelques instants de réflexion lui permirent d’établir que vu l’endroit où elle se trouvait, trouver un grec allait relever du miracle, mais qu’importe, elle se sentait en veine et se mit donc en quête. Une demie heure plus tard, elle errait dans les rues sur vieux Lille, et commençait à désespérer lorsque, provenant du fond d’une cour sombre, elle vit ce qu’elle cherchait. Un rapide coup d’œil lui apprit qu’elle était la seule cliente. Elle s’approcha d’un pas ferme mais discret, et empoigna son sandwich à pleines mains, juste avant d’y planter les dents.
Le téléphone tomba sur le sol, une voix féminine s’exprima en grec quelques instants, puis fut recouverte par le corps de l’infortuné, qui s’effondra, exsangue.
Elle observa les fenêtres pour s’assurer de l’absence de témoins, et s’en fut tranquillement par là où elle était arrivée.
mercredi 29 décembre 2004
I have a dream
Par Kasparov le mercredi 29 décembre 2004, 18:40
Ils sont deux, deux au milieu de la foule qu’ils ne voient pas. Deux au milieu du rayon littérature d’un grand magasin quelconque. Ils sont deux, conscients de l’autre comme jamais, chacun d’un coté du vaste étage. Ils se croisent, se montrent leurs trouvailles, communiquent par titres interposés. Sourient de leurs comportements infantiles. Et puis elle arrive. Lui, survole les nouveautés. Elle attire son regard sur la couverture d’un roman. Une demande, une question en forme d’affirmation, un ordre doux. Elle attend de lire l’assentiment dans son regard, et s’en repart, glissant au milieu des rayons. Lui la regarde s’éloigner, un large sourire aux lèvres. Ils sont deux. Deux au milieu du rayon littérature d’un grand magasin quelconque. Ils sont deux, seuls à avoir saisi l’intensité de ce qui vient de se passer.
Deux fois deux.
Pour commencer.
jeudi 21 octobre 2004
13
Par Kasparov le jeudi 21 octobre 2004, 14:58
Moins d’une demi heure plus tard il était devant les locaux de l’Agence: une tour à proximité de la gare Lille Europe. Le bâtiment, austère, et anonyme cadrait parfaitement avec l’activité qui s’y déroulait. Une colonne de verre d’une dizaine d’étages, lisse, sans aspérités, propre. Exactement l’image que l’Agence voulait donner d’elle, l’invisibilité en moins. Il s’avança jusqu'à la porte vitrée, posa sa paume gauche sur la borne d’information qui se trouvait là, et la porte s’ouvrit. Il avança dans le couloir tout en se soumettant aux scanners qui oeuvraient pour déceler toute intrusion dans le bâtiment. Depuis le temps il n’y prêtait même plus attention. Il arriva devant les ascenseurs, l’un d’entre eux l’attendait, comme toujours, il s’engouffra à l’intérieur et les portes se refermèrent sur lui dans un chuintement métallique.
Il s’était assis à la première table inoccupée qu’il avait trouvé et avait branché son portable au terminal de la fondation. Il tenait entre ses mains le portefeuille. Il se rappela l’avoir rapidement ouvert en extirpant la carte d’identité. Une belle jeune femme lui sourit timidement, elle s’appelait Morgane Minnaert. Voilà qui allait lui faciliter la…
-Arthur !
Il reconnu la voix impérieuse de Thomas, son supérieur hiérarchique, qui dirigeait l’Agence de Lille.
-Oui Monsieur ? Dit-il en se retournant.
-Passe immédiatement dans mon bureau.
-Tout de suite Monsieur.
Thomas disparu de l’encadrement de la large porte.
Arthur rassembla rapidement ses affaires, prenant bien soin de remettre le portefeuille au fond de son attaché-case. Il se leva, et pris résolument le chemin du bureau de Thomas.
La pièce était austère et fonctionnelle, à l’image de l’Agence. Des murs blanc, immaculés, un bureau noir, épuré, avec un grand fauteuil en cuir dans le quel Thomas était assis, et, de l’autre coté, une chaise tapissée de velours noir. A droite du bureau, une longue étagère courrait le long du mur, mais Arthur ne s’était jamais approché assez près pour distinguer les tranches des ouvrages qu’elle renfermait. Dans le coin gauche de la pièce, une fontaine d’intérieur emplissait l’espace d’un clapotis discret et régulier.
-Je t’en prie, assied toi. Lui lança Thomas sans même le regarder.
Arthur d’exécuta et attendit la suite.
Thomas resta quelques instants plongés dans ses papiers et finit par relever la tête.
Ses yeux gris trahissaient sa nervosité : ils étaient verts la plupart du temps.
-Comment se passent tes rondes dernièrement ? Demanda-t-il en regardant Arthur droit dans les yeux.
lundi 4 octobre 2004
Aparté
Par Kasparov le lundi 4 octobre 2004, 13:49
Cela fait des mois que ça ne lui est pas arrivé.
La nuit est tombée depuis longtemps, il lutte pour s'occuper, il n'arrive pas à focaliser son esprit sur autre chose. C'en est devenu obssessionel. Il regarde l'heure, il est étonné qu'il soit déjà si tard. L'impression de l'avoir rien foutu de la soirée.
Comme d'habitude.
Il se lève, regarde autour de lui, c'est vide. Il n'y a plus rien, plus de présence, l'impression que chaque instant dénature un peu plus le lieu, il l'y retrouve de moins en moins. Il se jette dans le lit, s'allonge, n'arrive pas à s'endormir. Il pense. Il ne devrait pas, il le sait, du moins pas maintenant.
Plus maintenant.
Mais c'est plus fort que lui, l'heure où plus rien de bouge, est propice au réveil de ses démons. C'est quand il est prêt à retrouver un peu de quiétude pour quelques heures que tout se remet en marche. Il essaie de penser à autre chose, mais ses pensées ne lui obéissent plus, et ses fantômes reviennent le hanter. Il s'était habitué à sa présence, et maintenant tout lui semble vide et dénaturé. Il se tourne dans le lit, n'arrive pas à trouver le sommeil; seul avec ses démons, il fait face, prend coup sur coup, il n'a plus le courage de se défendre. Il avait oublié ce sentiment sourd, s'était habitué à la légéreté des mois précédent, et la réalité lui hurle en pleine figure son erreur.
Tout est calme maintenant, la nuit a repris ses droits. Exténué il ferme les yeux pour ce qui reste à dormir.
Des gouttes de pluies tombent sur l'oreiller.
Cela fait des mois que ça ne lui est plus arrivé, et il ne sait pas s'il doit la maudire ou la remercier.
vendredi 24 septembre 2004
12
Par Kasparov le vendredi 24 septembre 2004, 13:30
Les cartes s’étalaient devant lui, comme des centaines de fois auparavant. Pas tout à fait comme avant cependant, chaque fois était unique, mais le principe de base subsistait perpétuellement. Battre les cartes, couper, étaler le jeu, puis laisser les doigts courir dessus et choisir l’avenir.
Une rencontre.
Un changement.
Un danger.
Il ne savait jamais exactement si les cartes lui parlaient de passé, de présent ou de futur. Elles étaient tout au plus un indicateur, pas un moyen d’orienter sa vie, d’autres y avaient déjà pourvus.
Son existence était un danger perpétuel, tant pour lui, que pour les autres, en y réfléchissant. Le changement était survenu il y a longtemps. Il ne restait que la rencontre. Et voilà bien longtemps qu’il ne rencontrait plus personne, il croisait tout au plus, mais ne rencontrait plus. Il ne s’en tirait pas plus mal d’ailleurs. Les gens, comme le reste, glissaient sur lui comme les années. Un coup de vent le fit frémir, plus par réflexe que par réelle sensation de froid ou de frisson. Il rattrapa une carte qui menaçait de s’envoler, rassembla les autres, les rangea dans leur boite usée par les ans, et remis le tout dans la poche intérieure de son long manteau. Il se releva doucement, s’épousseta brièvement et réajusta son col. Il s’approcha de la fenêtre cassée, regardant en bas les phares des quelques voitures qui circulaient encore à cette heure avancée, et sauta dans le vide.
mercredi 8 septembre 2004
Instinct Primal 2/2
Par Kasparov le mercredi 8 septembre 2004, 08:16
Des doigts coururent sur le clavier, le texte fut sauvegardé et disparut de l’écran. Quelques instants plus tard, le bourdonnement de l’ordinateur disparut à son tour, et elle éteignit l’écran resté en veille. Claire se leva et passa dans la pièce d’à coté, qui fut brièvement éclairée d’une lumière blafarde. Elle revint tenant à la main une poche rouge avec une paille. Elle nota mentalement de penser à en recommander, son stock diminuait dangereusement, et il serait regrettable qu’elle doive se servir à la source. Après tout, elle avait accepté de travailler pour le service et de s’alimenter proprement, mais elle n’en demeurait pas moins un prédateur. Elle s’effondra dans le fauteuil devant la télé et émis un raclement sonore lorsqu’elle aspira le fond de la poche, terminant de la vider de son contenu. Elle testait ces derniers temps sa capacité à résister à la soif, à voir jusqu’où son organisme pouvait tenir sans se rebeller contre la sous nutrition. La durée semblait se situer entre 48 et 72 heures. Au delà il lui fallait s’alimenter, quelque soit la manière. Claire attrapa la télécommande, zappant machinalement sur les nombreuses chaînes qu’elle captait grâce au câble, poussa un soupir devant la médiocrité des programmes, et finit par rêvasser devant chasse et pêche. Elle était étrangement lasse, alors que la nuit était encore jeune. Ses membres lui semblaient s’enfoncer dans le fauteuil, et elle avait l’impression que jamais elle n’arriverait à s’en extraire. Ses sens étaient endormis, tout lui parvenait de très loin, comme dans une bulle, et son esprit n’était plus assez vif pour chercher la cause de tout cela.
Claire entendit du bruit venant de la porte, hésita longuement, puis se leva en s’appuyant aux meubles pour ne pas s’effondrer. Elle se rendit compte en la trouvant grande ouverte que quelque chose ne collait plus. Et des cloches résonnèrent dans son crâne lorsqu’elle fut assommée par un coup puissant.
Lorsque Claire reprit conscience, la première chose qui lui vint à l’esprit fut de se demander s’il faisait encore nuit. Et apparemment c’était le cas. Elle était attachée à un poteau en béton, visiblement un soubassement de parking ou un gros entrepôt les bras tirés en arrière, de part et d’autre du poteau, et les mains attachées ensemble. Ses pieds ne touchaient pas le sol : elle était debout sur un tabouret, les chevilles entravées également. Il faisait noir dans le hangar mais elle n’avait aucun mal à observer les lieux. Elle était seule, avec pour unique compagnie des montagnes de cartons, dont certaines montaient jusqu’au plafond. Elle tenta de se défaire de ses chaînes, mais se sentit sans forces et sans vigueur. Curieux, pensa-t-elle, surtout après le repas de tout à l’heure. Elle n’avait d’ailleurs plus aucune notion du temps, et n’aurait su dire combien d’heures elle attendit avant de voir arriver quelqu’un. Et la personne qu’elle vit en premier n’était autre que Marc, escorté par ses seconds, ses sous-fifres qui géraient son domaine, et le cas échéant, accomplissaient les basses besognes.
« La belle est réveillée, on dirait » dit-il à la cantonade, puis, plongeant ses yeux dans ceux de Claire : « Croyais tu vraiment pouvoir me tromper aussi facilement ? Je sais tout ! Tu me mens depuis le début, tu travailles avec les flics, espèce de sale garce » et sur ce il lui colla un allez retour qui fit bizarrement rosir les jours de Claire. Il se retourna pour faire face à ses sbires. « Personne ne peut me tromper ! Je compte sur vous tous pour vous en rappeler et faire passer le mot à vos contacts. Regardez comment je traite ceux qui croient être plus malins que moi ! » Il fit alors surgir un éclair métallique dans sa main droite et s’approcha de la gorge de Claire. Il fit courir la larme de gauche à droite sur la gorge, savoura la terreur qu’il devait avoir l’habitude de lire dans les yeux de ses victimes, mais Claire ne bougeait pas. Il s’approcha plus près encore comme pour l’impressionner, et la surprise se lut sur son visage lorsque Claire, d’un coup de tête, plongea ses crocs dans sa gorge. Elle senti le sang affluer dans tous ses membres, et la force lui revenir comme une vague de chaleur. Elle arracha d’un coup ses chaînes et rabattit ses bras autour Marc comme les serres d’un aigle autour de sa proie. Claire sentit son instinct primal ressurgir, cette joie de tenir enfin la proie entre ses mains, de pouvoir s’en repaître à loisir. Les hommes autour d’elle et de Marc commençaient à s’agiter, hésitant entre la fuite et le combat face à quelque chose dont ils ne connaissaient en fait pas la nature exacte. Certains tournèrent les talons, mais ils avaient déjà attendu trop longtemps. Claire se débarrassa du corps de Marc en le jetant au sol, et bondit en direction de la porte de sortie. Elle y arriva juste avant le premier fuyard, qui fut autant étonné de la voir là que de sentir sa gorge s’ouvrir d’un coup de griffe. Elle attrapa le second par les cheveux et lui brisa la nuque en lui faisant traverser la salle en sens inverse. Il en restait encore trois dans la salle, qui ne savaient plus du tout quoi faire. Presque par dépit, ils se mirent en ligne, saisirent leurs armes et tirèrent sur Claire. Pour elle ils se déplaçaient au ralenti, elle n’eut aucun mal à se retrouver derrière celui du milieu. Avant même qu’il ne sente sa présence, elle lui avait arraché la gorge de ses crocs, attrapant les têtes des deux autres dans ses mains, et les écrasant contre celle du malheureux du centre. Claire laissa les corps glisser au sol tout en observant le carnage. Elle venait de tuer 6 personnes. Et elle y avait pris du plaisir. Depuis qu’elle avait été découverte, et embauchée par le Service, elle avait été tenue de respecter une certaine ligne de conduite qui consistait à réfréner ses pulsions de prédateur, au profit de talents plus diplomatiques, et le fait d’avoir ré-ouvert les vannes lui faisait un bien fou. Claire savourait encore l’instant quand la porte s’ouvrit sur une groupe de soldat habillés de noir, équipés du dernier matériel technologique, et à leur tête, Richard, son supérieur.
Il fit le tour de la pièce du regard, émit un sifflement mi admiratif mi surpris devant le carnage. « Tu n’y es pas allée de main morte, dis donc. » Claire le regarda avec un air étonné. Il semblait prendre tout cela très à la légère, et elle ne comprenait pas pourquoi : il avait beau connaître sa nature, elle venait de saigner ou d’égorger une demi douzaine de personnes. Les hommes de Richard commencèrent à emballer les corps dans de grands sacs noir, sans manifester plus de surprise que Richard lui même. Claire devait avoir l’air tellement interloquée que Richard parti d’un grand éclat de rire. « Claire, c’est comme ça que tu me remercies pour le petit cadeau de ce soir ? Comment crois tu que ce salaud est arrivé jusqu'à toi ? Pourquoi as-tu opposé si peu de résistance à ton enlèvement ? » Claire commençait à assembler les éléments de la soirée, et découvrait plusieurs zones d’ombres que son état lui avait occulté jusque là. Il la regarda quelques instants le sourire aux lèvres puis continua :
« Ta poche de sang a été trafiquée, un puissant sédatif, de quoi endormir un cheval, histoire de les laisser t’emmener dans un coin tranquille, puis on s’est débrouillé pour faire savoir à l’autre là (il désigna Marc de la tête) que tu étais un flic, avec ton adresse, et on l’a laissé faire. »
Claire était abasourdie par ce qu’elle entendait.
« Mais pourquoi ? » articula t elle.
« Mais enfin Claire, est ce qu’il ne t’arrive jamais d’ironiser sur le fait que tu n’as plus à chasser pour te nourrir ? J’ai fini par me dire que cela devait réellement te manquer, et j’ai monté cette petite supercherie pour te donner l’occasion de te défouler sans nuire à la société. Personne ne regrettera ces petites frappes, qui se seront entretuées pour une sombre histoire de butin à partager. »
« Mais pourquoi ne m’avoir rien dit ? Je croyais qu’on ne devait l’arrêter que demain ? »
« Certes, c’est ce que je t’ai fait croire, parce que je suis persuadé que si tu avais été au courant, tu n’en aurais pas retiré le même plaisir, et tu aurais même pu faire capoter l’opération. Bon, je sais que ce genre de préoccupation t’est indifférent, mais moi la nuit, j’ai pour habitude de dormir, donc si tu veux bien, je vais me retirer. »
Il lui fit un clin d’œil, tourna les talons et s’en fut par là où il était rentré. Claire se rendit compte alors que l’entrepôt avait été nettoyé de tous ses corps pendant leur discussion, seules subsistaient des traces de sang sur le sol, qui se mêleraient bientôt aux nombreuses tâches qui courraient déjà par terre. Elle se dirigea vers la sortie, fraîche et repue, se retourna pour observer une dernière fois le poteau où elle avait été attachée, et l’instant suivant, elle avait disparu.
mardi 7 septembre 2004
Instinct Primal 1/2
Par Kasparov le mardi 7 septembre 2004, 10:55
Marc est ce que les gens appellent communément un type bien. Il est grand, mince, le cheveu foncé et court, le regard clair et franc, le sourire aux lèvres, stéréotype même du mec dont les copines sont jalouses. Il est gentil, cultivé, il aime les enfants, a un sens de l’humour jamais méchant. Il a un travail, un bon travail même, du moins selon certains standards financiers : il a de l’argent à ne plus savoir quoi en faire et il est d’une grande générosité. Il a une belle voiture, totalement inutile, vu qu’il voyage en métro, un grand appartement bien situé, sa penderie est remplie de costumes dont le prix passerait pour simplement indécent aux yeux du plus grand nombre, et il donne régulièrement une pièce aux mendiants dans la rue.
C’est ainsi que le monde voit Marc : un modèle de perfection et de réussite, à tous les niveaux. Le monde, sauf moi, bien sur. Parce que Marc télécharge des films pornos sur internet, ne s’essuie pas les mains en sortant des toilettes, rote après une bière, se cure le nez dès qu’il en a l’occasion, ne supporte finalement les enfants que lorsqu’ils dorment, ne laisse pas sa place aux personnes âgées dans le métro, estimant qu’il a payé le droit d’être assis, et s’il donne parfois une pièce aux musiciens du métro, c’est plus pour se débarrasser de la petite monnaie qui déforme ses poches que par réelle envie d’aider son prochain. Bien évidemment, il ne recontacte jamais les filles avec lesquelles il couche.
Sauf moi, bien sur.
Moi je suis son pire cauchemar. Ou plutôt non, pas encore, je ne suis pour le moment que le meilleur coup au lit qu’il ait jamais rencontré. C’est pour cela qu’il m’a rappelée.
Et encore, et encore, et encore.
Nous nous voyons toujours chez lui, de toutes les façons je ne vois pas comment je le ferais venir chez moi. Comment, et pourquoi, surtout, parce qu’on n’est pas intimes : je ne fais que mon job après tout. Bon l’excuse est facile, je serais bien embêtée de lui montrer mon chez moi. Mais j’y reviendrai. De toutes les manières, la presse féminine montre que les hommes aiment à se sentir sur un terrain connu, donc tout le monde y trouve son compte. Nous ne nous voyons que la nuit, aussi. Marc a un rythme de vie semblable au mien, totalement nocturne, donc, ou presque, ce qui m’arrange fortement, dans le fond. Une fois la nuit tombée, chez lui. Voilà à quoi ressemblent nos rencontres. Parfois une sortie en tête à tête, toute forme de restauration étant exclue, j’ai un régime alimentaire un peu particulier on dira. Lui, se contente de cette explication sans poser de question, et c’est très bien ainsi. Même si cette particularité physiologique n’est pas des plus pratique, elle m’évite cependant de passer mes soirées au Mc Do, là où Marc rencontre tous ses amis. Des amis au statut parfois trouble, entre simple connaissance et relation de travail. Des amis dont il a tous les numéros de téléphone, qu’il appelle régulièrement pour se tenir au courant de la gestion des stocks, des arrivages, des amis avec qui il passe finalement le moins de temps possible. Hors de question d’envisager une raclette ou un apéro chez l’un ou chez l’autre. Marc a inventé le concept d’ami à courte durée. Il aime m’exhiber devant ses amis, d’ailleurs, ce qui m’aide bien dans mon travail, et je ne suis pas sûre qu’il ait conscience que je ne perds pas une miette de ce qui peut se dire lorsque je suis là.
Et encore plus lorsque je ne le suis pas.
Pour résumer, Marc a une drôle de vie, de drôles d’amis, et de drôles de relations avec eux. Marc n’est pas drôle, il est consciencieux. D’une prudence presque paranoïaque, il ne laisse rien au hasard, téléphone en numéro masqué, est sur liste rouge, loue son appartement sous un faux nom, a une demi douzaines de cartes de crédits, et au moins le double de comptes en banques. Bien évidemment, Marc ignore que je sais tout cela, tout comme il ignore qui je suis et surtout, ce que je suis, mais cela importe peu, il sera dès demain sous les verrous, avec les têtes de pont de son réseau de trafic de drogue et de prostitution. Il se rendra demain soir dans son restaurant (pardon aux gourmets pour le crime que je viens de commettre) préféré, mangera son royal cheese et ses deux cornets de frites, sirotera son coca, et s’effondrera sur la table, apparemment victime d’une crise cardiaque. Les secours arriveront incroyablement rapidement, et à son réveil, il sera entre les mains de la justice.
Et moi je pourrai passer à autre chose. Parce que passer mes soirées et mes nuits à flatter l’égo démesuré d’un obsédé libidineux et imbu de lui même, qui considère les femmes comme quantité négligeable, et le reste du monde comme un terrain de jeu, non merci, j’ai déjà donné. J’espère que le bureau me laissera souffler un petit peu d’ici la prochaine mission.
dimanche 9 mai 2004
Blessures (6/6)
Par Kasparov le dimanche 9 mai 2004, 10:38
En un instant, les enfants furent sur pied, et rapidement assis à leurs places respectives à table, Elram entre Vahn et Lithwen, Loria à coté d'Orath. De part et d'autre d'une table en pin massif. Elram connaissait bien cette table, il avait participé à la coupe de l'arbre avec le mari de Loria. Il passa distraitement les doigts sur la surface élimée en se remémorant les soirées passées ici, les éclats de rires et les chants. Chaque soirée avait laissé son entaille, une infime partie de son histoire à lui, aussi. Le repas se passa sans encombres, les récits plus ou moins chaotiques des journées d'école s'enchaînant dans une douce cacophonie. La présence d'Elram rendait le repas un peu particulier et il s'éternisa jusqu'à ce que les plus jeunes s'endorment sur place. Ils furent alors promptement portés dans leurs lits respectifs, Loria et Elram finissant par se retrouver seuls. Ils prirent alors spontanément place de part et d'autre de la table basse.
« Comment vas tu ? » La voix d'Elram s'éleva doucement dans la grande salle, éclairée de quelques bougies. Loria frémit avant de répondre : « Ca va. Ce n'est pas facile, bien sur, mais ça va. Je suis contente que tu sois là, tu sais. Je pense que ta présence nous a changé les idées à tous. Ca fera cinq mois demain » Elram savait. C'est précisément pour cela qu'il avait insisté pour venir ce soir. « Je sais que la caste te verse une partie du salaire de Mitaeli. Est ce que tu t'en sors ? As tu besoin d'aide ? » « Non merci Elram, j'ai appris à me débrouiller comme cela, j'ai appris à vivre avec, ou sans, c'est selon, et je n'ai besoin de rien. » Son ton était las, empreint d'une tristesse et d'une résignation presque palpable, cela fendit le coeur d'Elram qui se résigna à répondre: « Bon. Je vais rentrer, tu as besoin de repos. » « Oui, tu as sûrement raison » dit distraitement Loria.
Juste avant qu'ils ne se séparent, devant sa mine déconfite, elle se crut obligée de lui préciser : « Ne fais donc pas cette tête, tu ne peux rien faire pour moi, si ce n'est nous rendre visite de temps à autres ». Elram acquiesça de mauvaise grâce avant de tourner les talons et de s'éloigner.
Ses cicatrices n'étaient rien comparées à celle de Loria, celle qu'elle porterait en plein coeur jusqu'à la fin de ses jours. Il soupira en se touchant le flanc.
Fin ;)
samedi 8 mai 2004
Blessures (5/6)
Par Kasparov le samedi 8 mai 2004, 08:31
« Maman ! Laisse le raconter ! » Dit Lithwen. Elram lui adressa un sourire complice et se tourna ensuite vers Loria en lui faisant un clin d'oeil.
« Bon bon j'ai compris, je m'assois et je me tais. » ronchonna-t-elle gentiment. Elle prit place sur le canapé maintenant désert, dont elle avait toute la longueur pour elle toute seule.
Elram resta un instant à la regarder discrètement puis se pencha vers les enfants avec un air de conspirateur.
« Maintenant les enfants, regardez bien, parce que je ne vais pas vous montrer ça longtemps » Il remonta sa veste lentement jusqu'à exhiber une marque lui prenant tout le flanc droit. Il se tourna légèrement pour qu'ils puissent bien voir, et laissa retomber la veste sous leurs protestations.
« Vous voulez savoir comment cela m'est arrivé ? » Demanda-t-il. Trois sourires lui répondirent comme confirmation de ce qu'il savait déjà.
« C'était avant que je ne devienne chasseur, je travaillais dans un ranch dans les plaines d'Estraq, où je m'occupais du dressage des rouargs. Un jour, après une séance mouvementée, une de ces bêtes, alors que je lui tournais le dos, m'a foncé dessus à toute vitesse. » Il regarda les enfants avec de grands yeux, et ils lui répondirent avec des regards paniqués. « J'ai entendu le bruit de ses sabots, tenté de l'éviter, mais je n'ai pas été assez rapide et elle m'a gratifié de cette belle estafilade » Ce disant, il avait remonté sa veste. Vahn tendit alors les doigts pour toucher, et lorsqu'elle ne fut plus qu'à quelques centimètres, elle reçut une petite tape sur la main, ce qui la fit sursauter. Au moins autant surpris qu'elle, Elram reconnu rapidement la peau si particulière de Loria. Cette dernière prit un air très sérieux : « Jeune fille, il est encore trop tôt pour te mettre à toucher les hommes ». Ils se regardèrent tous, interloqués, puis partirent d'un rire qui les laissa haletants après quelques minutes ininterrompues. « Trèves de plaisanterie, il est grand temps d'aller manger, le repas est prêt. » Annonça Loria.
vendredi 7 mai 2004
Blessures (4/6)
Par Kasparov le vendredi 7 mai 2004, 11:48
« Mais ce que nous vîmes alors ne ressemblait pas du tout à un siurge. Un troll haut comme deux hommes venait d'apparaître d'un recoin rocailleux. » Il se tu quelques instants en regardant les trois enfant les uns après les autres, comme pour leur faire sentir l'importance de ce qu'il venait de dire.
« Il agitait une épée en faisant de grand moulinets au dessus de sa tête, et nous n'avions pas grand chose pour lutter, nous sommes donc repartis en courant. Mais une racine qui dépassait m'a fait trébucher. Je me suis retrouvé allongé par terre, avec ce troll qui arrivait sur moi. Je pris juste le temps de me protéger avec mon mince bouclier de cuir, mais le coup qu'il m'assena transperça la protection pour faire la blessure que vous avez sous les yeux ce soir. Je ne doit la vie sauve qu'à l'intervention des autres membres du groupe qui lui décochèrent une pluie de flèches pour le faire fuir. » Elram regardait les trois enfants en leur montrant sa balafre, chacun écarquillant les yeux plus que le précédent, en poussant des cris, ça de dégoût, ça de curiosité. Visiblement ravi, il entreprit de redescendre sa manche lorsqu'il fut arrêté par Orath : « C'est tout ? Et les autres ? Tu en racontes plus d'habitude ! » Il opéra donc le mouvement inverse en remonta sa manche de chemise un peu au dessus du coude pour exhiber une marque en forme de poinçon de 2 centimètres de diamètre. « Maintenant les enfants, il faut me promettre de garder le silence sur ce qui va suivre, car cette histoire doit rester absolument secrète, juste entre vous et moi. Alors, est ce que vous êtes d'accord pour promettre le secret ? »
Comme un seul homme, trois hochements de tête lui répondirent.
« Bien. Celle-ci est un peu moins glorieuse. Elle remonte à quand j'étais plus jeune, je sortais d'une taverne avec d'autres chasseurs, et nous avions un peu bu. Nous chantions et criions dans la rue, nous faisions beaucoup de bruit. Suffisamment apparemment pour faire sortir un homme de chez lui, armé d'un tisonnier. Je suppose que l'on ne s'est pas laissé faire, je dis suppose parce que je ne me souviens pas de tout » dit il avec un clin d'oeil, ce qui fit sourire les trois enfants. « Il y eut donc une petite bagarre et dans le feu de l'action, j'ai pris un coup de tisonnier. Il ne faut surtout pas raconter cette histoire, parce que l'homme en question habite un peu plus loin en ville. J'avais les cheveux courts à l'époque, donc il ne me reconnaît pas, mais sait on jamais ce qui pourrait lui passer par la tête s'il me retrouvait…. J'espère que je peux compter sur votre discrétion, n'est-ce pas ? »
« Oui oui oui » répondirent dans le même temps les enfants.
« Et bien voilà un fait d'arme qui n'est pas très glorieux ! » railla Loria, qui était appuyée contre un mur du salon. Elram lui sourit en retour, ne sachant quoi répondre ; elle connaissait de toutes les façons l'origine de cette blessure, il ne s'en était jamais caché, mais les enfants adoraient avoir l'impression qu'ils détenaient un secret.
jeudi 6 mai 2004
Blessures (3/6)
Par Kasparov le jeudi 6 mai 2004, 09:41
Les enfants ne quittaient pas des yeux la manche qui remontait petit à petit jusqu'à découvrir, le long de l'avant bras, une balafre d'une bonne quinzaine de centimètres.
« Vous rappelez vous de celle-ci ? » Dit il en montrant son bras. Trois têtes firent des mouvements latéraux pour lui signifier qu'une crise d'amnésie sélective avait frappé dernièrement en ces lieux. Elram fit une moue, montrant qu'il n'y croyait pas, mais finit par céder devant les regards suppliants. « Bon, c'était il y a quelques années, la caste nous avait envoyé chasser le siurge de l'autre coté de la forêt de Peliane, une expédition de quelques jours. Nous étions donc partis à quatre, équipés de pied en cap pour passer trois jours sous la tente. Le voyage s'était passé sans encombres, et nous étions arrivés sur place à la fin de la journée. La décision fut prise de ne pas chasser le soir même, ce qui nous permit de récupérer du voyage. » Il marqua une courte pause, pour noter qu'on ne le quittait pas des yeux. « Le lendemain matin, l'un d'entre nous trouva des traces fraîches qui nous conduisirent dans la forêt, et vers midi il nous sembla approcher du but. »
« Tu n'as pas parlé des bruits dans la forêt ! » Protesta Vahn.
Elram fut surpris par cette remarque, il n'aurait pas cru qu'ils retiendraient aussi bien ses histoires. Il sourit avant de reprendre.
« En effet j'ai oublié de parler des bruits. C'était pour que vous ne fassiez pas de cauchemar cette nuit. Êtes vous bien sur de vouloir connaître toute l'histoire ? »
Vahn et Orath opinèrent du chef avec insistance, Orath suivi le mouvement d'une manière un peu moins assurée.
« Ainsi donc, nous étions dans la forêt. Magique pour les uns, hantée pour les autres, tout le monde a son opinion dessus. Pour nous elle n'était rien d'autre que le repaire de notre proie, et c'est pourquoi nous sommes entrés comme si de rien n'était. Après quelques minutes silencieuses, il nous fallut bien reconnaître que nous n'étions pas rassurés. Les branches craquaient dans les arbres alors qu'il n'y avait pas un souffle de vent, le sous-bois semblait bouger en emmenant avec lui des parterres de feuilles, et nul oiseau ne chantait. » Il finit sa phrase dans un souffle, et sentit sur le visage des trois enfants une once d'angoisse. « La traque continua malgré tout, et vers midi, nous pensions avoir débusqué la bête. » Il baissa d'un ton pour amener son auditoire à tendre encore plus l'oreille.
mercredi 5 mai 2004
Blessures (2/6)
Par Kasparov le mercredi 5 mai 2004, 07:34
Il referma la porte derrière lui, jeta un coup d'oeil sur la gauche pour voir Loria se remettre à la cuisine, le sourire aux lèvres. Il s'arrêta quelques instants pour la regarder. Elle était toujours aussi belle, mince, avec de longs cheveux roux bouclés qu'elle avait remonté avec une pince pour ne pas être gênée pendant la cuisine. Elle avait le visage et les bras constellés de taches de rousseurs qui donnaient l'impression qu'elle avait une peau mate alors que la réalité s'approchait plutôt de la blancheur du lait. Il senti tout d'un coup qu'une petite main tirait sur son bas de pantalon, accompagnée d'un : « Dis, tu viens ? ». Orath se tenait à ses pieds, les bras croisés, visiblement vexé de ne pas avoir plus d'attentions de sa part. Il s'engagea à la suite du garçon dans le salon, se risquant a un ultime regard en arrière, pour constater qu'elle s'affairait de nouveau autour de la tarte.
Lithwen et Vahn étaient déjà installés sur le canapé, bientôt rejoints par Orath qui s'installa à leurs cotés. Leurs regards pointaient avec insistance une chaise située en face d'eux, de l'autre coté d'une table basse ou trônaient trois verres, avec un fond de liquide coloré. Elram compris qu'il n'avait pas trop le choix et pris place là où les enfants l'avaient prévu, devant leurs sourires radieux. Le manège se répétait chaque fois de la même manière, et Elram avait vite remarqué que les enfants préféraient avoir l'impression qu'ils décidaient de tout plutôt qu'il prenne place spontanément. Il sentait sur lui leurs regards avides, pressés d'entendre ses derniers récits. Elram était un chasseur, un membre d'une des castes les plus importantes de l'Olierine, et il revenait chaque fois avec des histoires à raconter aux enfants.
Il s'installa confortablement, se pencha légèrement, comme pour partager un secret avec eux, et parla a voix basse. Il vit, comme à chaque fois, des lueurs illuminer leurs yeux a mesure qu'ils se penchaient vers lui, et ils finirent par descendre du canapé pour venir s'asseoir à ses pieds. Il se leva alors de son fauteuil, l'écarta un peu pour s'asseoir au milieu du demi cercle improvisé pour entamer son histoire. Il ouvrit la bouche et senti une petite main lui saisir le poignet.
« Dis Elram, tu nous les racontes ? » C'était Vahn qui faisait mine de relever sa manche et de regarder dedans. La plupart de ses visites se passaient comme cela : ils réclamaient qu'il les raconte. Ils avaient déjà entendu ces histoires une demi douzaine de fois, mais ils ne s'en lassaient pas. Il se plia donc de bonne grâce à la supplique collective et commença à remonter sa manche gauche.
mardi 4 mai 2004
Blessures (1/6)
Par Kasparov le mardi 4 mai 2004, 09:46
Participation au concours de Short Cuts sur le thème: Cicatrices.
Le coup de sonnette avait été bref, et les trois enfants avaient immédiatement sauté au bas du canapé pour se ruer vers la cuisine. « Maman ! Maman ! Il est là ! C'est Elram ! Viens vite lui ouvrir ! » Loria avait les mains dans la pâte à gâteau, et se retrouva rapidement avec trois diables suspendus à son tablier. La pâte pouvait bien attendre, elle n'arriverait de toutes les façons à rien dans cette position. « Oui, oui j'ai entendu, je vais lui ouvrir, mais pour cela vous devez me lâcher, sinon Elram restera dehors ! »
L'effet fut instantané, ils firent calmement un pas en arrière, avant de faire demi tour, courir dans le hall et se mettre à sautiller devant la porte. Loria se lava les mains, les sécha en les frottant sur son tablier, et se dirigea vers l'entrée. Les voir ainsi lui arrachait à chaque fois un sourire : ils ne riaient plus souvent depuis la disparition de leur père, cinq mois plus tôt. Elle chassa ce souvenir de son esprit et se fraya un chemin jusqu'à la porte, qu'elle ouvrit en prenant bien garde de ne pas assommer un des enfants, tant ils en étaient près. Elram avait entendu l'agitation qu'avait engendrée son arrivée, et il eut bien du mal à paraître sérieux lorsque la porte s'ouvrit. Il n'avait pas encore fait un pas que trois monstres essayaient de grimper le long de ses jambes ; c'était à celui qui arriverait à se faire soulever de terre le premier. Vahn gagnait souvent à ce petit jeu, même si la victoire était en général de courte durée : elle se faisait rattraper au sommet par Orath ou Lithwen, Elram n'ayant que deux bras. La trombe passée, Loria sortit de derrière la porte pour observer la scène qui se répétait à chacune de ses venues. Elram avait une trentaine d'années, elle en avait perdu le compte, était brun, avec de longs cheveux attachés avec un noeud, une barbe en bataille et des yeux vert sombre. Il était simplement habillé de toile, pantalon et veste, avec des sandales élimées. Il avait travaillé avec le mari de Loria, et était un ami de la famille depuis plusieurs années.
Elle l'aurait bien laissé se démener quelques minutes supplémentaires avec ses trois diables, mais ne pu s'empêcher d'intervenir lorsque, se baissant pour ne pas laisser le troisième en reste, Elram se fit culbuter par les assauts des bambins, et fini les quatre fers en l'air, enseveli sous les corps des trois enfants qui hurlaient de joie.
« Allons les enfants, laissez le rentrer ! » Elle saisit Vahn et Orath par la main pour les remettre sur leurs pieds, et regarda du coin de l'oeil Elram se relever et s'épousseter maladroitement en riant.
« Dépêchez vous, j'ai une tarte à terminer pour le dessert ! »
Elram empoigna Lithwen qui jouait encore entre ses jambes et suivit la maîtresse de maison à l'intérieur.
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