Cela fait plusieurs années que ça dure, depuis cet été où je l'ai laissée, juste pour quelques mois, juste pour passer le temps, et à la fin desquels je ne suis pas revenu. Ca a l'air d'un conte de fée, vu comme ça, "il partit et se trouva si bien qu'il ne revint jamais". Sauf que ce n'est pas exactement comme ça qu'il faut comprendre la chose.

C'est qu'elle a de beaux atouts la bougresse, des appâts à vous tenir au port un marin au long court, façon démarcheur multi-tâches "Tu veux quoi ? J'ai forcément ce que tu veux, viens, viens !". Alors je suis resté. Lâche sûrement, mais je n'avais en fait pas trop le choix.

Mais ce n'est que bien plus tard que je m'en suis vraiment rendu compte. A ce moment là j'étais encore volontaire.
Au début, la cohabitation se passe bien, on se découvre, on apprend, on prend ses marques, on fait partie d'un tout maintenant, on est indépendant, loin des parents, le rêve. Elle sait se montrer belle comme il faut pour ne pas faire sentir le poids des fers qui commencent à peser, lentement mais sûrement. Déjà j'y pense, et comme si elle lisait dans mes pensées, elle sait répondre proportionnellement à mes angoisses, elle me rassure, me montre une nouvelle facette, et me voilà relancé pour un tour où j'oublie pourquoi je veux partir. Alors quand l'envie est trop forte je me lance, je pars, je flotte doucement, j'oublie les chaînes et les fers, je descend, pose un pied par terre, regarde l'horloge et me dis "Voilà, je suis chez moi".

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