Il referma la porte derrière lui, jeta un coup d'oeil sur la gauche pour voir Loria se remettre à la cuisine, le sourire aux lèvres. Il s'arrêta quelques instants pour la regarder. Elle était toujours aussi belle, mince, avec de longs cheveux roux bouclés qu'elle avait remonté avec une pince pour ne pas être gênée pendant la cuisine. Elle avait le visage et les bras constellés de taches de rousseurs qui donnaient l'impression qu'elle avait une peau mate alors que la réalité s'approchait plutôt de la blancheur du lait. Il senti tout d'un coup qu'une petite main tirait sur son bas de pantalon, accompagnée d'un : « Dis, tu viens ? ». Orath se tenait à ses pieds, les bras croisés, visiblement vexé de ne pas avoir plus d'attentions de sa part. Il s'engagea à la suite du garçon dans le salon, se risquant a un ultime regard en arrière, pour constater qu'elle s'affairait de nouveau autour de la tarte.
Lithwen et Vahn étaient déjà installés sur le canapé, bientôt rejoints par Orath qui s'installa à leurs cotés. Leurs regards pointaient avec insistance une chaise située en face d'eux, de l'autre coté d'une table basse ou trônaient trois verres, avec un fond de liquide coloré. Elram compris qu'il n'avait pas trop le choix et pris place là où les enfants l'avaient prévu, devant leurs sourires radieux. Le manège se répétait chaque fois de la même manière, et Elram avait vite remarqué que les enfants préféraient avoir l'impression qu'ils décidaient de tout plutôt qu'il prenne place spontanément. Il sentait sur lui leurs regards avides, pressés d'entendre ses derniers récits. Elram était un chasseur, un membre d'une des castes les plus importantes de l'Olierine, et il revenait chaque fois avec des histoires à raconter aux enfants.
Il s'installa confortablement, se pencha légèrement, comme pour partager un secret avec eux, et parla a voix basse. Il vit, comme à chaque fois, des lueurs illuminer leurs yeux a mesure qu'ils se penchaient vers lui, et ils finirent par descendre du canapé pour venir s'asseoir à ses pieds. Il se leva alors de son fauteuil, l'écarta un peu pour s'asseoir au milieu du demi cercle improvisé pour entamer son histoire. Il ouvrit la bouche et senti une petite main lui saisir le poignet.
« Dis Elram, tu nous les racontes ? » C'était Vahn qui faisait mine de relever sa manche et de regarder dedans. La plupart de ses visites se passaient comme cela : ils réclamaient qu'il les raconte. Ils avaient déjà entendu ces histoires une demi douzaine de fois, mais ils ne s'en lassaient pas. Il se plia donc de bonne grâce à la supplique collective et commença à remonter sa manche gauche.