Les enfants ne quittaient pas des yeux la manche qui remontait petit à petit jusqu'à découvrir, le long de l'avant bras, une balafre d'une bonne quinzaine de centimètres.
« Vous rappelez vous de celle-ci ? » Dit il en montrant son bras. Trois têtes firent des mouvements latéraux pour lui signifier qu'une crise d'amnésie sélective avait frappé dernièrement en ces lieux. Elram fit une moue, montrant qu'il n'y croyait pas, mais finit par céder devant les regards suppliants. « Bon, c'était il y a quelques années, la caste nous avait envoyé chasser le siurge de l'autre coté de la forêt de Peliane, une expédition de quelques jours. Nous étions donc partis à quatre, équipés de pied en cap pour passer trois jours sous la tente. Le voyage s'était passé sans encombres, et nous étions arrivés sur place à la fin de la journée. La décision fut prise de ne pas chasser le soir même, ce qui nous permit de récupérer du voyage. » Il marqua une courte pause, pour noter qu'on ne le quittait pas des yeux. « Le lendemain matin, l'un d'entre nous trouva des traces fraîches qui nous conduisirent dans la forêt, et vers midi il nous sembla approcher du but. »
« Tu n'as pas parlé des bruits dans la forêt ! » Protesta Vahn.
Elram fut surpris par cette remarque, il n'aurait pas cru qu'ils retiendraient aussi bien ses histoires. Il sourit avant de reprendre.
« En effet j'ai oublié de parler des bruits. C'était pour que vous ne fassiez pas de cauchemar cette nuit. Êtes vous bien sur de vouloir connaître toute l'histoire ? »
Vahn et Orath opinèrent du chef avec insistance, Orath suivi le mouvement d'une manière un peu moins assurée.
« Ainsi donc, nous étions dans la forêt. Magique pour les uns, hantée pour les autres, tout le monde a son opinion dessus. Pour nous elle n'était rien d'autre que le repaire de notre proie, et c'est pourquoi nous sommes entrés comme si de rien n'était. Après quelques minutes silencieuses, il nous fallut bien reconnaître que nous n'étions pas rassurés. Les branches craquaient dans les arbres alors qu'il n'y avait pas un souffle de vent, le sous-bois semblait bouger en emmenant avec lui des parterres de feuilles, et nul oiseau ne chantait. » Il finit sa phrase dans un souffle, et sentit sur le visage des trois enfants une once d'angoisse. « La traque continua malgré tout, et vers midi, nous pensions avoir débusqué la bête. » Il baissa d'un ton pour amener son auditoire à tendre encore plus l'oreille.