« Mais ce que nous vîmes alors ne ressemblait pas du tout à un siurge. Un troll haut comme deux hommes venait d'apparaître d'un recoin rocailleux. » Il se tu quelques instants en regardant les trois enfant les uns après les autres, comme pour leur faire sentir l'importance de ce qu'il venait de dire.
« Il agitait une épée en faisant de grand moulinets au dessus de sa tête, et nous n'avions pas grand chose pour lutter, nous sommes donc repartis en courant. Mais une racine qui dépassait m'a fait trébucher. Je me suis retrouvé allongé par terre, avec ce troll qui arrivait sur moi. Je pris juste le temps de me protéger avec mon mince bouclier de cuir, mais le coup qu'il m'assena transperça la protection pour faire la blessure que vous avez sous les yeux ce soir. Je ne doit la vie sauve qu'à l'intervention des autres membres du groupe qui lui décochèrent une pluie de flèches pour le faire fuir. » Elram regardait les trois enfants en leur montrant sa balafre, chacun écarquillant les yeux plus que le précédent, en poussant des cris, ça de dégoût, ça de curiosité. Visiblement ravi, il entreprit de redescendre sa manche lorsqu'il fut arrêté par Orath : « C'est tout ? Et les autres ? Tu en racontes plus d'habitude ! » Il opéra donc le mouvement inverse en remonta sa manche de chemise un peu au dessus du coude pour exhiber une marque en forme de poinçon de 2 centimètres de diamètre. « Maintenant les enfants, il faut me promettre de garder le silence sur ce qui va suivre, car cette histoire doit rester absolument secrète, juste entre vous et moi. Alors, est ce que vous êtes d'accord pour promettre le secret ? »
Comme un seul homme, trois hochements de tête lui répondirent.
« Bien. Celle-ci est un peu moins glorieuse. Elle remonte à quand j'étais plus jeune, je sortais d'une taverne avec d'autres chasseurs, et nous avions un peu bu. Nous chantions et criions dans la rue, nous faisions beaucoup de bruit. Suffisamment apparemment pour faire sortir un homme de chez lui, armé d'un tisonnier. Je suppose que l'on ne s'est pas laissé faire, je dis suppose parce que je ne me souviens pas de tout » dit il avec un clin d'oeil, ce qui fit sourire les trois enfants. « Il y eut donc une petite bagarre et dans le feu de l'action, j'ai pris un coup de tisonnier. Il ne faut surtout pas raconter cette histoire, parce que l'homme en question habite un peu plus loin en ville. J'avais les cheveux courts à l'époque, donc il ne me reconnaît pas, mais sait on jamais ce qui pourrait lui passer par la tête s'il me retrouvait…. J'espère que je peux compter sur votre discrétion, n'est-ce pas ? »
« Oui oui oui » répondirent dans le même temps les enfants.
« Et bien voilà un fait d'arme qui n'est pas très glorieux ! » railla Loria, qui était appuyée contre un mur du salon. Elram lui sourit en retour, ne sachant quoi répondre ; elle connaissait de toutes les façons l'origine de cette blessure, il ne s'en était jamais caché, mais les enfants adoraient avoir l'impression qu'ils détenaient un secret.