Révélations - 2
Par Kasparov le vendredi 1 avril 2005, 09:41 - Essai(s) - Lien permanent
Il ouvre les yeux...
Encore penché sur le bac, un haut le cœur le fait frémir.
Il ferme les yeux, compte calmement jusqu’à trois, puis les ouvre à nouveau, doucement. Des étoiles brillent, dansent avant de s’éteindre. Ses tempes battent, des gouttes de sueur froide coulent le long de son dos, se perdent sur la couture de son caleçon.
Il lâche le rebord de plastique, se masse les tempes d’une main mal assurée. Il regarde les photos, de gauche à droite, de droite à gauche, partout, cadavres de bouteilles, verres renversés, cocaïne sur un miroir, froufrous volants devant l’objectif, sourire éthyliques d’inconnus méphitiques. Il peut presque entendre les rires, sentir la fumée des cigarettes et l’amertume de la vodka bien tassée qui goutte sur une table marbrée. White Rabbit, des Jefferson Airplanes, démarre dans sa tête, comme un vinyle sur une vieille platine. Lent, saccadé, puis la mélodie apparaît. Il sourit.
Cliché, se dit-il, mais le cliché en question pue par trop le réel, à n’en pas douter. Malgré sa nausée, il crève d’envie d’une cigarette, fouille mollement dans ses poches de chemise et retrouve un vieux paquet froissé de Lucky Strike. Il en porte une à sa bouche avant de se mettre en quête d’un briquet.
C’est alors qu’il entend le déclic significatif d’un Zippo que l’on ouvre, loin derrière son dos… Il n’ose se retourner. Une flamme vacillante, passe près de ses yeux, le briquet de métal reflète, rougie, son image. Il tire une longue bouffée de sa cigarette, puis se retourne lentement, les photos accrochées par des pinces à linge lui font l’effet d’un mauvais film de science fiction. Le briquet s’éteint.
C’est elle, il perçoit ses yeux verts et sa même robe rouge. Elle le regarde, le toise, un sourire cynique se dessine sur ses lèvres par trop fardées.
Il recule, plonge sa main dans le révélateur. Ses yeux sont sans surprise, pourtant il tremble de tout son corps.
Clac.
Il entend le son avant de ressentir la douleur.
Clac.
Il rouvre les yeux, ses joues en feu, sa cigarette tombée à ses pieds, luciole moribonde dans l'obscurité.
Elle lui sourit, emplie d'amour, lui passe la main dans les cheveux et l'embrasse tendrement.
Elle plaque son corps contre son corps, ses seins fermes sur sa poitrine. Elle l'embrasse à nouveau.
Il pleure, il ne comprend pas.
Elle rit...
Il se souvient s'être perdu, s'être perdu dans ce rire là. Il se souvient avoir suffoqué, oppressé qu'il était, effrayé par ce regard là. Il se revoit, noyé qu'il était, dans ces yeux là. Alors il s'était détaché, écarté de ce corps dans lequel il ne se voyait que trop bien, avait rompu l'union des corps, brisé le rituel, basculé de coté, effleuré une dernière fois sa poitrine, lui arrachant un soupir, s'était roulé au bord du tapis pour ne plus bouger.
Respirer.
Respirer.
Respirer.
Merci au contributeur, il se reconnaitra.
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